Une démarche évolutive

C’est au début du siècle dans la mouvance des recherches philosophiques tournées vers l’enfant de nombreux chercheurs et pédagogues, que naissent les idées pédagogiques de Carl Orff.

Celui-ci met l’enfant au cœur de sa réflexion en le considérant comme un être à part entière, qu’il souhaite acteur de son apprentissage.

Pour Orff, le maître doit amener l’élève vers l’improvisation et la création. Il considère (comme Freud et Wallon notamment) que l’enfant a intrinsèquement un développement psychique que les époques et le contexte social peuvent faire évoluer mais pas changer fondamentalement.

L’éducateur devient alors un guide qui insuffle des modèles que le jeune avec son aide, fera évoluer.

L’enfant au centre

L’enfant et sa personnalité sont donc au cœur des recherches pédagogiques du compositeur. Il considère que le contexte culturel est un élément très important dans le développement des individus et qu’il est primordial d’en tenir compte et d’exploiter les ressources authentiques du pays. Le folklore appartient au monde verbal et culturel, c’est aussi pour cela qu’il s’y intéresse.

Orff prône une éducation musicale et corporelle basée sur l’évolution de l’enfant, une musique à vivre. Elle doit lui permettre de « découvrir et d’étendre son potentiel musical, gestuel et langagier ».

La musique élémentaire comme la définissait Carl Orff inclue le rythme, le corps, le langage, la parole, les instruments.

Tous ces éléments sont interdépendants et définissent la musique élémentaire illustrée par ce qu’il a nommé : « Schulwerk[1] », vocable que l’on pourrait traduire avec prudence par « Atelier éducatif ».

 

Il ne s’agit donc pas d’une méthode mais le reflet d’un travail élaboré avec les enfants et non pour eux.

Nous pouvons davantage parler d’une démarche évolutive possible, qu’une recette à appliquer.

Celle-ci, privilégie la notion de groupe. Le participant y est à la fois acteur et spectateur. Comme dans la société, chacun participe à l’évolution collective tout en développant son propre potentiel. C’est entre autre pour cela qu’elle s’adresse à tous.

L’Instrumentarium

Dès 1950 l’utilisation de « l’instrumentarium[2] » a été proposée à des enfants handicapés.

En effet la musique élémentaire ne découle pas de schémas préétablis, chacun peut donc se l’approprier en fonction de ses possibilités propres.

Le but n’étant pas le résultat à atteindre mais plutôt le processus d’apprentissage mis en œuvre pour arriver à une progression graduelle dans laquelle  chacun évolue à son rythme.

Quatre pôles

Ce processus s’articule autour de quatre pôles :

  • La prise de contact dans laquelle des exercices dits sensoriels sont privilégiés.
  • L’imitation qui avec des exercices de répétition favorise la concentration et la perception.
  • Avec l’exploitation, l’enfant s’approprie les modèles en les manipulant, variant, les adaptant afin de parvenir à :
  • L’improvisation, moment où l’enfant exploite ses nouvelles connaissances, fait des choix, invente mais aussi joue, compose avec le groupe.

Un matériel très varié

Afin de réussir cette progression un matériel très varié est proposé dans la musique élémentaire :

  • Les ressources de l’individu lui même :
    • La voix, le langage et toutes ses déclinaisons (cris, onomatopées…), le chant (avec des mélodies simples, des rythmes courts facilement mémorisables.) ;
    • Le corps, le schéma corporel, l’expression corporelle, la danse folklorique…la percussion corporelle est le premier instrument de la musique élémentaire ;
    • Le rythme, dénominateur commun du mouvement, du langage et de la musique est un élément primordial de la musique élémentaire.
  • La pratique des instruments bien que non essentielle, permet d’élargir le champ des expérimentations.
  • L’instrumentarium proposé par Carl Orff s’inspire d’autres cultures (africaines, asiatiques, Sud-américaines) mais aussi  du moyen-âge et de la renaissance. Les instruments fabriqués ou détournés sont aussi beaucoup utilisés.

 

En conclusion, nous dirons que la musique élémentaire est une musique du présent : elle s’adresse donc particulièrement aux enfants qui la manipulent, l’explorent et la font évoluer.

Elle s’adresse aussi aux éducateurs soucieux d’utiliser une pédagogie vivante et qui ne se sentent pas seulement des maîtres mais plutôt des guides créatifs, des partenaires.

 

Marie-Laure CHAPUIS

Rondo

Montage instrumental en modes pentatoniques hémitoniques et anhémitoniques » – Ref. MI-44
Avec : Eloïse, Guillaume, Inès, Jessie, Laura, Lorik, Terry et Vincent
© Nicole Coppey 2018

Koko Leo Ko

Chant du Ghana, montage instrumental – Ref. MI – 46
Avec aux percussions, au chant et aux angklungs indonésiens : Adriana, Alima, Amandine, Apolline, Céline, Eros, Ethan, Guillaume, Jessie, Julia, Léa, Louise, Mahé, Mao, Margot, Martin, Mathieu, Mathys, Melvin, Naïka, Nina, Noémie, Romain, Sohan, Terry, Timothée, Vincent et Vincent
© Nicole Coppey 2018

Les 4 modes rythmiques

Sur Jeu de Béla Bartók – Ref. S1-RHVXNIM-1
Avec  : Amandine, Flavie, Jérémie et Noémie
© Nicole Coppey 2018

Hora Chedera

Danse d’Israël
Avec : Nicole, Domitille, Jessie, Laura et Melinda
Musiciens : 
Guillaume, Nadège, Timothée et Vincent
Enregistré lors de la 300è Heure Musicale de « Un, Deux, Trois, Musiques… »
© Nicole Coppey 2018

Joc Aroman

Danse de Roumanie – Ref. JOC1
Avec : Nicole, Jessie, Laura, Lydia, Melinda, Naïka
Musiciens : 
Domitille, Nadège, Guillaume et Timothée
© Nicole Coppey 2017

Pera Stous...

Danse de Grèce – Réf. PERASTOUS
Avec : Nicole, Nicole, Kendra, Jessie et Laura
Enregistrée à Derborence
© Nicole Coppey 2016

Notes

  1. La racine « Schul » signifie : école, classe. «  Werk »  fait référence au travail, à l’ouvrage ou l’œuvre.
  2. Ensemble de petits instruments de musique à percussion (xylophones, claves, timbales, bongos, etc..).

Presse

« Corps, voix et instrument, Nicole Coppey »

Revue Musicale Suisse
Septembre 2011